Comment le cerveau vous protège des souvenirs traumatisants ?

Un écrivain a dit un jour que « la naissance implique le traumatisme de l’incompréhension ». Cela signifie-t-il que le simple fait d’être né est le premier de vos souvenirs traumatisants ?

En tout cas, personne ne se souvient du moment où il est venu au monde. C’est normal, tout comme on ne se souvient pas de ses premières années. Il y a d’autres épisodes traumatisants qu’on ne peut pas retrouver dans sa mémoire.

Les expériences, en particulier celles liées à l’enfance, ont une incidence sur son développement. Dans le cas d’événements négatifs, l’impact peut être énorme. Beaucoup de ces expériences, lorsqu’elles deviennent des souvenirs, peuvent s’imprimer dans les esprits avec une intensité énorme. En d’autres termes, ils laissent une trace émotionnelle très puissante.

Les épisodes d’abus émotionnels ou physiques commis par des proches, par exemple, ont des conséquences psychologiques très fortes. Le cerveau a très souvent tendance à « se sentir coupable » et il semble que ce soit le même mécanisme qui protège des souvenirs les plus traumatisants.

Bloquer les souvenirs

Un curieux parallélisme peut être établi entre le cerveau et un ordinateur. Il semblerait que le cerveau organise l’information en dossiers et la stocke. Cependant, si vous ajoutez une mémoire qui dépasse la capacité du dossier, elle est stockée comme une expérience de réseau de mémoire séparée.

Que signifie cette métaphore ? Que les souvenirs traumatiques, que le cerveau ne peut ou ne veut pas traiter, parce qu’ils ont altérés sur le plan physiologique et émotionnel, soient isolés et mis de côté afin qu’ils ne suscitent pas d’émotions trop intenses et difficiles à supporter.

En ce sens, on sait que des expériences très néfastes et traumatisantes sont capables de modifier l’équilibre chimique du cerveau. Cela se produit lorsqu’un événement est difficile à gérer et qu’on est incapable de le comprendre, de sorte qu’il est difficile de l’accepter et de le traiter.

Ce blocage est-il positif ?

On pourrait dire que ce blocage du cerveau est positif d’un certain point de vue, car il vous protège des traumatismes et des expériences compliquées. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas, surtout à long terme, car « mettre de côté » ne signifie pas oublier complètement ou empêcher l’influence d’une certaine expérience. Vous parlez d’événements réels qui ne sont pas traités, c’est-à-dire d’épisodes importants auxquels vous n’avez pas attribué de sens et que vous n’avez pas intégrés de manière positive et cohérente dans la biographie de votre vie.
Il est donc possible qu’à un moment ultérieur, un stimulus déclencheur se présente, sous la forme d’une nouvelle situation ou expérience, qui fait revivre ce souvenir. C’est un mécanisme inconscient, mais un petit détail, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, est capable de le réactiver et de vous faire sentir comme si vous étiez au moment du traumatisme.
Vous finissez certainement par oublier la plupart de vos souvenirs. Cependant, ceux qui font référence à des expériences très intenses ne sont jamais oubliés, ils restent simplement sur la touche sans être traités, comme s’ils dormaient, anesthésiés. N’ayant pas été contextualisés et acceptés, s’ils remontent à la surface, ils peuvent déclencher des conséquences très graves, vous rendant malades et terriblement désorientés.

Avantages et inconvénients de la protection du cerveau contre les souvenirs traumatisants

Comme vous l’avez vu, cette protection automatique du cerveau peut vous aider ou même vous nuire. Elle a ses avantages et ses inconvénients. Quoi qu’il en soit, il est toujours préférable de faire face à un événement traumatisant et de le surmonter. Cela n’est évidemment pas possible si vous ne vous en souvenez pas.
D’une part, le cerveau vous libère de la souffrance qu’entraîne un certain souvenir traumatique. Ainsi, les conséquences désagréables sont en quelque sorte amorties dans la vie quotidienne.
D’autre part, vous pouvez manifester un certain malaise sans savoir à quoi il est dû. Il pourrait s’agir d’un souvenir que le cerveau a gardé caché, mais qui continue à affecter votre humeur.
Il n’est pas du tout facile d’identifier ces traumatismes, beaucoup sont bien cachés, dissociés et même bloqués. Il est cependant important de travailler sur les expériences passées, sinon vous risquez de vous sentir submergés par des émotions dont vous ignorez l’origine et qui sont donc très compliquées à gérer.

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